826 festivals se déploient en Nouvelle-Aquitaine

Décryptage d'une étude à visée cartographique

Politique & société
Reportage
Par Champs Libres Média – La rédaction
4 minutes de découverte
31 • 03 • 2022
Plutôt ruraux ou urbains, les festivals néo-aquitains ? Et quelle est la nature de leur programmation ? Théâtrale, musicale, littéraire ? Pour mieux les connaître, il fallait commencer par les étudier… Et c’est l’A. Agence culturelle Nouvelle-Aquitaine qui s’est lancée dans ce travail. Décryptage.

A l’occasion des Etats Généraux des Festivals qui se sont tenus en décembre 2021, le ministère de la Culture a fait savoir qu’il souhaitait réaliser une cartographie nationale des festivals. C’est dans ce contexte qu’un inventaire des festivals a été lancé dans chaque région de France. Pour la Nouvelle-Aquitaine, c’est l’A. Agence culturelle Nouvelle-Aquitaine et plus précisément son Pôle Observation-Ressources qui a mené cette étude. L’A a été accompagnée par le CEPEL, laboratoire de recherche de l’Université de Montpellier, dirigé par Emmanuel Négrier, qui a conduit des études similaires dans d’autres régions. Le résultat ? Une cartographie actualisée des festivals de la région.

Vue d’ensemble. Sur les 826 festivals organisés chaque année en Nouvelle-Aquitaine (pour environ 8 000 en France), 22% (180) ont lieu en Gironde. Pour autant, les 11 autres départements de la plus grande région de France ne sont pas en reste. La Charente-Maritime en accueille 12%, suivie de près par la Vienne et les Pyrénées-Atlantiques, avec 10% chacun. Aucune découverte majeure n’émane, à première vue, de ces chiffres : les zones plus urbanisées et littorales semblent accueillir le plus de festivals.

Il y a autant de festivals en ville qu’à la campagne

Si la Nouvelle-Aquitaine n’échappe ni à la métropolisation ni à la littoralisation de ses festivals, elle y résiste, selon Emmanuel Négrier. Et c’est peut-être là une de ses spécificités. L’autre singularité de la région est sans doute la place non négligeable que joue le monde rural dans l’offre festivalière. En effet, lorsque l’on regarde de plus près l’implantation des festivals, on constate qu’ils sont (presque) aussi présents dans les campagnes que dans les villes. 45% ont lieu dans une commune rurale contre 55% dans une commune urbaine. L’écart entre zones rurales et urbaines n’est pas réellement marqué, encore moins représentatif d’un déséquilibre majeur.

La surprise créée par cette étude est ailleurs. La Creuse est la championne de l’offre de festivals, rapporté au nombre de ses habitants ! 28 festivals pour 100 000 habitants dans le département le moins peuplé de la région quand ce taux est de 12 pour 100 000 habitants en Gironde, département le plus peuplé.

Peut-on pour autant en conclure que les ruraux participent à plus de festivals ? Il n’y a rien de moins sûr, l’étude ne prenant en compte ni le nombre de spectateurs ni leur provenance, pas plus que le niveau de financement et l’exigence artistique des manifestations. Pour Antoine Augeard, chargé d’étude au Pôle Observation-Ressources de l’A. Agence culturelle Nouvelle-Aquitaine, il convient de rester prudent sur le sens à donner à ces informations brutes. « L’interprétation de ces chiffres restent complexes », prévient-il.

Des festivals jeunes et pluridisciplinaires

La grande majorité (45%) des festivals de Nouvelle-Aquitaine a été créée après 2010, ce qui, dans le paysage national, est considéré comme « jeune ». Cela va dans le sens du mouvement observé de « festivalisation » de la culture, qui témoigne de la très forte appétence des acteurs culturels et des pouvoirs publics pour les festivals.

Ces derniers sont parés de bien des vertus, dont celles de développer le territoire sur le plan social, touristique et économique. Corollaire de l’émergence de nouvelles manifestations : une diversification des disciplines. Au cours des dix dernières années, c’est dans le domaine de la littérature et des arts visuels que l’on compte le plus de créations d’événements.

On constate, en parallèle, une évolution vers une pluridisciplinarité de festivals un peu moins jeunes. Ainsi, le Festival au village de Brioux-sur-Boutonne (Deux-Sèvres) associe théâtre, cirque et musique ; Rues&Vous dans la cité médiévale de Rions en Gironde programme aussi bien du théâtre, du cirque, des arts de la rue, de la musique que de la danse ; quant aux Phonies bergères à Bedous (Pyrénées-Atlantiques), elles poussent encore un peu plus loin cette transdisciplinarité en associant musique et nature.

Les musiques (actuelles, classiques, etc.) sont les plus représentées parmi les domaines culturels retenus, suivi du spectacle vivant et du livre.

Une disparité entre zones urbaines et zones rurales pointe (légèrement) quand il s’agit de disciplines. Les festivals musicaux sont plus nombreux à la campagne (48%) qu’en ville (37%). Au contraire, les festivals de cinéma apparaissent plutôt comme des phénomènes urbains, même si certains ont su s’imposer en zone rurale comme le Festival du film de Sarlat en Dordogne ou encore le Festival du film de Contis dans les Landes. Pour les autres champs disciplinaires étudiés, la répartition ville-campagne est proche : la proportion de festivals de spectacle vivant est à peu près la même en zone rurale qu’urbaine (respectivement 32 et 36%), comme l’est celle de festivals « Livre et littérature » (14% et 15%), « Arts visuels et arts numérique » (2% partout).

Festival rime encore et toujours avec estival

Un autre élément intéressant de l’étude permet de croiser les programmations avec les périodes de déroulement. Si les festivals littéraires ont lieu en avant-saison, dans la période qui s’étend de janvier à juin, les festivals de musique font vibrer les étés aquitains. La fin d’année laisse en général la place aux festivals de cinéma. Les festivals de spectacle vivant sont quant à eux présents tout au long de l’année. Pour autant, 44% des événements néo-aquitains se déroulent durant l’été. Festival rime ici comme ailleurs avec estival !

Un outil interactif facile d’accès

Pour que chacun, décideurs comme spectateurs, puissent plus facilement comprendre ces chiffres, l’A. agence Nouvelle-Aquitaine a créé un outil interactif : une cartographie avec des filtres par territoire, par nature de programmation et par période de déroulement. A noter que les cartes qui permettent de visualiser pour chaque intercommunalité de la région la nature des festivals et leur saisonnalité sont aisément consultables.

Dommage que cette cartographie n’aille pas sur le terrain de la fréquentation et des budgets. Cela aurait sans doute permis d’avoir une approche encore plus fine des forces, mais aussi des faiblesses des festivals dans notre région.

Pour comprendre les mécanismes de la « festivalisation » de la culture à l’œuvre depuis de nombreuses années en France, une contextualisation nationale est indispensable. Cette étude régionale prendra donc une toute autre valeur lorsqu’elle pourra être mise en perspective avec les données recueillies de l’ensemble des régions françaises dans le cadre d’une cartographie nationale. Patience, donc.

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