Chantal Detcherry, écrivaine de l’ailleurs et de l’intime

Son ancrage littéraire et poétique dans l'estuaire de la Gironde

Livres, presse & édition
Portrait
Par Champs Libres Média – Florence Bobillon
5 minutes de découverte
24 • 08 • 2022
Auteure de nombreux ouvrages pour lesquels elle a souvent été récompensée, Chantal Detcherry puise son inspiration dans les paysages de l’estuaire de la Gironde où elle est née et vit encore aujourd’hui. Ses écrits, centrés sur l’évocation du milieu paysan et sur le monde du vivant, laissent une grande place au rêve. Découverte.

« L’estuaire est un paysage à mille facettes » raconte Chantal Detcherry de sa voix douce et posée. Cette native de Bourg-sur-Gironde, petite commune du Blayais où la Dordogne et la Garonne se rejoignent, est sensible à la beauté de ce paysage de ciel, de terre et d’eau. Faune, flore, couleurs, sensations, parfums constituent le corps et la trame de la plupart de ses ouvrages.

Les vies humbles et le cycle des saisons

Que la vie la pousse vers la littérature n’était pas une évidence. « Il n’y avait pas de livres chez nous. Mes parents étaient des gens modestes. Ils avaient une culture de la terre. Les livres sont venus avec l’école. Mes parents ont eu la générosité d’acheter des livres à la petite fille que j’étais. » Son appétence pour le récit vient de là, des livres de son enfance et de la bienveillance de ses parents à qui elle rend hommage dans Riches heures, un texte intime pour lequel elle a reçu le grand prix littéraire d’Aquitaine en 2005.

Ses parents sont vignerons, ouvriers de la vigne. Ils lui apprennent le respect de la nature et du vivant, le goût du travail bien fait et la simplicité du geste. Ses origines rurales sont une source d’inspiration essentielle. « C’est mon héritage parental », explique-t-elle. Son intérêt pour les vies humbles, pour le cycle des saisons, le silence et la contemplation qui composent ses écrits trouvent leur origine dans son enfance modeste.

Le sentiment de l’estuaire

Si Chantal Detcherry s’est quelque fois éloignée de la Gironde pour parcourir l’Inde notamment, toujours elle y revient. En 2017, lorsqu’elle publie Le sentiment de l’estuaire, un récit composé de fragments mêlant souvenirs et balades émerveillées, elle l’a déjà maintes fois parcouru en grande marcheuse qu’elle est.

Je suis une fille de la berge, de la rive. Je suis une terrienne. J’ai exploré l’estuaire avec mes pieds.

Du Bec d’Ambès qui marque le début de l’estuaire au phare de Cordouan en passant par les deux rivages dissemblables du Blayais et de la Saintonge à l’est, et du Médoc à l’ouest, les déambulations de l’auteure sont un prétexte pour relier les hommes et les femmes qu’elle croise avec les livres qu’elle a lus, avec les voyages qu’elle a faits. On découvre ainsi pêle-mêle, la sorcière de Braud, personnage haut en couleur ressurgi de l’enfance, ou Vauban, le bâtisseur de citadelle, écrivant à Louis XIV des lettres courageuses et prophétiques où il le met en garde contre la misère grandissante des paysans. 

Toujours, son regard se pose avec la même attention sur les habitants et sur l’animal furtif, la plante rare, le surgissement drolatique d’une situation. « C’est une affaire d’intériorité, de souvenirs, de sensations. » Sous la plume de Chantal Detcherry, c’est une Gironde poétique et rêveuse qui peu à peu se révèle.

L’estuaire et au-delà

Qu’elle écrive un récit ou un texte en dialogue avec des photographies, sa prose poétique convoque toujours la nature, les saisons, les moments de la vie rurale. « Ce qui m’intéresse c’est d’utiliser la langue dans toute son étendue dans toute sa richesse, dans toutes ses merveilles. Les mots, je les regarde briller, ils m’émerveillent. » 

Dans Histoires à lire au crépuscule, lauréat du Prix de la Nouvelle de l’Académie française en 2020, les rives d’un estuaire sont toujours présentes. Mais l’auteure va plus loin. Elle ajoute une ville africaine, une île aride, une forêt nocturne, un quartier pluvieux, un jardin tropical, une maison délabrée : autant de lieux où se déroulent des incidents d’apparence anodine qui constitueront pourtant des rencontres décisives pour chacun des personnages des huit nouvelles qui composent le recueil.

Le proche comme le lointain traversent l’écriture de Chantal Detcherry. Si elle a été touchée par le deuil de son mari au point de ne plus parvenir à écrire pendant plusieurs années, elle est aujourd’hui l’auteure d’une oeuvre de grande qualité récompensée par le prix ARDUA-Yolande-Legrand.

Petite bibliographie sélective

Romans, nouvelles

Histoires à lire au crépuscule, Editions Passiflore, 2019

Le sentiment de l’estuaire, Éditions Le Festin, 2017,

Riches heures, Éditions Fédérop, 2005

Poésie

Gens des arbres, livre de photographie et de poésie, Editions Passiflore, 2016

Impressions de voyage

Dans les main de l’Inde, Editions Fédérop, 2000

Ecrit en dialogue avec des photographes

Visages de l’estuaire dans l’objectif de Jean Bernaleau, éditions Le Festin, 2020

littérature
Chantal Detcherry
Bourg-sur-GirondeGironde (33)Nouvelle-Aquitaine

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